
résumé
Le Jeudi 8 Janvier une Table Ronde organisée par le Master ISSD sur “L‘OCÉAN INDIEN QUELS ENJEUX POUR LA FRANCE” s’est déroulée dans le grand salon du Palais Niel, à Toulouse. Quatre intervenants experts ont pu aborder le sujet sous différents angles.
Chacun d’entre eux a pu analyser les préoccupations stratégiques, territoriales, économiques et géopolitiques françaises dans un espace aussi complexe que celui de l’Océan Indien.
L’Océan Indien n’est pas perçu à l’identique selon les différentes disciplines scientifiques et experts ce qui a permis ici de discuter la position des acteurs concernés par rapport à cet espace (approches géographique, politico-économique etc).

Pour le cas de la France, Paul VILLATOUX, Docteur en Histoire Contemporaine, ouvrit la Table-Ronde en traitant le sujet des Îles Éparses (Europa, Bassas de India, Juan de Nova, Glorieuses, Tromelin), situées autour de Madagascar, dont quatre sont dans le stratégique Canal du Mozambique. Ces îles sont au cœur d’enjeux sensibles, la France ayant longtemps eu un statut flou sur leur possession, remontant à leur emprise au XIXᵉ siècle. L’absence initiale de revendication claire a fragilisé leur statut, notamment après l’indépendance de Madagascar. Cependant, leur importance stratégique a augmenté avec la création de la ZEE en 1970, qui a élargi la zone maritime française. En 2007, elles ont obtenu un statut clair en intégrant les TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Bien que ces îles ne regorgent pas de ressources, elles possèdent un riche patrimoine naturel. Depuis 1994, elles sont protégées : pêche interdite, quatre îles classées en réserves naturelles, et Europa qui est un site clé pour la reproduction des tortues de l’océan Indien. La France a utilisé une politique environnementale pour légitimer sa présence. Aujourd’hui, son occupation est principalement militaire. Historiquement, elles protégeaient Madagascar face à la menace britannique. Des stations météo y ont été installées, servant à surveiller cyclones et intempéries. Actuellement, elles restent un point de détachement militaire, jouant un rôle dans la diplomatie de la défense française.

Ce concept a été développé par l’intervention qui a suivi, celle de Martine CUTTIER, Docteur en histoire contemporaine. Elle définit comme un usage préventif et non belliqueux des forces armées, et la “diplomatie de défense”, un concept récent intégrant les armées à la diplomatie.
Dans l’Indo-Pacifique, une zone stratégique incluant l’Océan Indien, ces concepts se croisent avec le “Sea Power”, théorie selon laquelle le contrôle des mers constitue un facteur clé pour la domination mondiale.
La France applique ces différents concepts via deux formats : une force de présence (Djibouti) et une force de souveraineté (FAZSOI). Les FAZSOI, corps multi-armées opérant sur terre, dans les airs et en mer, assurent des missions diplomatiques (DIO et DIT) et des projections stratégiques pour démontrer les capacités françaises dans l’Océan Indien.

Ces informations ont été mises en abîme par des données pratiques et opérationnelles apportées par les connaissances et le regard militaire du Lieutenant Colonel Bruno CACHAU.
La France possède la deuxième plus grande ZEE mondiale et la septième plus importante Marine Nationale. L’orateur a pu réaliser un exposé historique, géographique et stratégique de la zone exposant l’importance de cette dernière pour la France, l’évolution de son intérêt dans le temps, ainsi que les forces en présence et comment elles interagissent entre elles.

Enfin, Monsieur Michel BERNADET, professeur d’histoire-géographie, a conclu la Table-Ronde avec son intervention tournée plus vers l’international : « Le Duel Chine/Inde et leurs politiques de Présence Navale dans l’Océan Indien ». Monsieur BERNADET a différencié les évolutions navales des deux pays et expliqué la raison du duel entre les pays qui réside principalement en un duel plus « grand » entre les États-Unis et la Chine qui font la course à la production navale ; la Chine connaissant une croissance fulgurante depuis ces dernières années. La flotte chinoise, à l’heure de la conférence, augmente 7 fois plus vite que celle des États-Unis. L’Inde du fait de sa proximité géographique et maritime avec la Chine serait un allié de choix pour les États-Unis et l’Australie également en terme « d’alliance » pour la présence navale face à la Chine (vision aidée par la présence de Singapour qui possède des bases navales États-uniennes, cette base se situant au niveau du canal de Malaka : une artère de la route de la). Cependant, par comparaison à la Chine, la croissance et l’évolution technique de l’Inde est bien inférieure.
Cette Table-Ronde fut une exposition complète de la situation de la France au niveau de l’Océan Indien. Les interventions ont permis de montrer les différents aspects qui construisent la position française dans cette zone en proposant un panorama complexe au sein même de ces propres aspects.